Exorciser le malheur

Japon-Pop se lance avec Anzu Chat-Fantôme, film de chat glandu qui refuse la fin.

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Exorciser le malheur
Anzu Chat-Fantôme, de Yōko Kuno (2024)

Demain à 20 heures, au Club de l'Étoile, je lancerai le premier volet du ciné-club éponyme. Mon premier choix s'est porté sur Anzu Chat-Fantôme, qui, au-delà des bêtes considérations de disponibilité et de timing, incarne le projet que je veux porter.

Coréalisé par Yoko Kuno et Nobuhiro Yamashita, il a les fesses entre deux chaises : avec son affiche de film pour kids, il ne leur destine pas directement grand-chose. L'Anzu titulaire est un bakeneko, machin jaune ayant utilisé tout son temps mortel mais restant parmi nous dans cette forme humanoïde. Il en rame à peine, fume des clopes avec les gosses du coin, fait des blagues de daron et lâche des caisses comme un docker. Il travaille dans le sanctuaire du coin où est délaissée Karin, 11 ans, déposée ici par un papa qu'on sent plus intéressé par le pachinko du coin que par la paternité. Les deux iront jusqu'en Enfer - et en reviendront - et vont tabasser des oni pour un enjeu au cœur de la mélancolie, voire tristesse, doucement infusée dans ce chouette film.

Comme je l'expliquais dans ma critique d'époque sur IGN, ce projet brille par de multiples aspects, mais est séduisant dès sa trajectoire. Coproduction MIYU - on y revient - c'est un pont culturel entre nos continents. Film en rotoscopie (la version live donne l'impression d'aussi pouvoir faire son chemin), produit au Japon par Shin-Ei, le studio de Doraemon, il est aussi issu du manga confidentiel de Takashi Imashiro. Un joyeux bordel mondial et diffusé par Diaphana, qui finit demain dans une chouette salle à côté de l'Arc de Triomphe, l'un des quelques parisiens où vous pouvez vous nicher plus haut que l'écran.

Mais tout ça, personne, sauf les-dits studios et distributeurs, n'y pense devant l'écran. Les spectateurs se fichent bien qu'un film est le résultat d'un billard à quinze bandes, c'est le cas de tous. Encore plus que l'animation, déjà plein d'âme, c'est le ton de la chose qui m'a séduit. Croyez-en un, pardon my french, énorme bandeur d'été : Anzu Chat-Fantôme sera notre dernier rempart avant l'automne (sauf s'il fait trente degrés jusqu'à fin novembre). Il y fait moite, les cigales chantent, les personnages suçotent des glaces nonchalamment, Anzu pisse dans les glycines. On y apprend à ne rien faire, à profiter de la vie, à abandonner l'ambition. Le Dieu du malheur, un crétin édenté, sonne à la porte, il se prendra des taloches. Mais il faut bien que le film démarre, et on tombe sur quelque chose d'un peu plus sombre et nostalgique derrière la choucroute. Le dernier tiers, plus actif, demeure très Yuasa dans l'âme, dans lequel on va en Enfer (vous n'imaginez pas comment) pour Orphé-iser quelqu'un de cher à Karin.

Und so weiter. L'été reviendra. Une très grande humanité, un pont entre les continents, une éloge de la non-ambition. Rendez-vous nombreux pour voir Anzu Chat-Fantôme ensemble.

CITY The Animation, épisode 13 (2025)

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